Ocrevus

Dernier né des laboratoires Genentech (groupe Roche) pour la SEP, l'Ocrevus est l'objet de nombreux on-dit, depuis qu'il a rejoint les rangs des traitements de deuxième ligne validés.

Il était donc essentiel de démêler le vrai du faux, et de faire un petit point sur ce traitement.

Je ne sais pas si on va me donner de l'Ocrevus ou de l'ocrelizumab

J'ai vu l'amalgame deux ou trois fois... ce n'est pas vraiment un gros piège, donc c'est juste pour que ce soit dit une fois pour toutes.

Quand vous prenez du Doliprane, c'est en fait le paracétamol qu'il contient, qui fait passer votre mal de tête ou votre fièvre. Le nom du médicament est différent du nom de la molécule qui constitue le principe actif.

Et bien de la même façon, quand on vous fait une perfusion d'Ocrevus, c'est l'ocrelizumab qu'il contient, qui va agir dans votre corps.

Il n'y a donc pas deux traitements : il s'agit exactement de la même chose, avec deux appellations différentes, selon qu'on fait référence à la molécule active, ou au nom du médicament.

L'Ocrevus existe depuis longtemps / L'Ocrevus est un traitement contre le cancer

C'est FAUX... mais le mythe a été construit sur un gros fond de vérité !

En réalité, l'Ocrevus (ocrelizumab) est le descendant direct du MabThera (rituximab).

Le MabThera est un traitement qui a obtenu son autorisation de mise sur le marché (AMM) dans le cadre du traitement de certains lymphomes. Il a donc été développé pour le traitement de certains cancers, en effet. Mais on s'est aperçu depuis une bonne dizaine d'années déjà que son mode d'action le rendait également efficace dans le traitement de la sclérose en plaques.

Il était donc souvent prescrit en deuxième ligne, en relai du Tysabri quand les patients présentaient un risque de LEMP trop important, en l'absence d'autre alternative.

Cependant, au lieu de demander l'AMM pour le MabThera dans le traitement de la sclérose en plaques, voyant la fin du brevet arriver, Genentech a préféré faire un choix différent. Voyant qu'il était assez fréquent de voir le corps finir par se retourner contre le MabThera et son environnement synthétique, le labo a changé son traitement en développant une version humanisée de son anticorps monoclonal : l'ocrelizumab.

Du coup, la validation de l'Ocrevus suite aux essais cliniques n'a probablement pas beaucoup surpris vu qu'on connaissait déjà l'efficacité du MabThera. Cependant, il s'agit bien d'un nouveau traitement, qui n'a eu sa propre autorisation de mise sur le marché qu'en août 2018, et pour lequel la sécurité sociale a mis quelques mois de plus pour accepter de le rembourser, le temps de prouver qu'il apportait un mieux par rapport à son prédécesseur, grâce à sa meilleure tolérance par le corps.

Fréquence et mode d'administration

L'Ocrevus est administré sous forme de perfusion, en intra-veineuse.

Lors de la mise en place du traitement, on commence par deux perfusions à demi-dose à 15 jours d'intervalle, pour ne pas trop perturber le corps. Puis une perfusion à dose complète sera ensuite programmée tous les 6 mois.

Déroulement de la perfusion

Tout un rituel encadre la perfusion d'Ocrevus : ce n'est pas parce qu'un traitement est validé qu'il ne présente aucun risque. Mais c'est parce qu'il a été testé et re-testé qu'on connaît les risques et qu'on fait tout ce qui est nécessaire pour que le patient reçoive son traitement en toute sécurité.

  • Quelques jours avant la perfusion

En amont de l'injection, on vous demande de faire une prise de sang et un examen de vos urines : comme l'Ocrevus va diminuer vos défenses immunitaires, il est essentiel de s'assurer que votre corps n'est pas en train de se battre, avant de retirer ses soldats !

  • En arrivant à l'hôpital

Le jour de la perfusion, l'équipe soignante va vérifier les résultats des analyses pour s'assurer que vous pouvez donc recevoir le traitement sans risque. On va également mesurer votre poids et vos constantes, et généralement réaliser un électro-cardiogramme pour vérifier que tout va bien.

Une infirmière va alors venir vous poser le catheter, et une demie-heure avant de commencer, elle vous administrera une dose de corticostéroïdes ainsi que d'anti-histaminique, pour limiter la réaction de votre corps pendant le traitement. Et elle devrait vous donner un Doliprane par précaution, également, pour prévenir la fièvre.

  • Pendant la perfusion

L'installation est parfois impressionnante parce que le traitement passe par une pompe qui gère précisément la vitesse à laquelle le produit est injecté. Lors des premières perfusions, on commence trèèès lentement, pour que le corps "comprenne" ce qui se passe et s'habitue, et pour guetter la moindre réaction allergique. Si tout se passe bien, on augmentera ensuite la vitesse progressivement, et une infimière viendra régulièrement contrôler nos constantes, pour s'assurer que tout se déroule comme prévu.

En cas de réaction (voir plus bas), les infirmières pourront stopper temporairement ou définitivement la perfusion, ou ralentiront la vitesse d'injection. 

La perfusion dure en moyenne entre 3h30 et 4h.

  • Après la perfusion

Vous resterez pendant 1h sous contrôle, pour pouvoir réagir au cas où le corps s'emballe. Une réaction peut également survenir dans les 24h qui suivent la perfusion : en cas de problème il ne faut pas hésiter à appeler le service où vous avez été pris en charge !

Le mode d'action (version crado)

En fait, le principe du traitement, en imagé, c'est que la molécule perfusée se fixe sur la paroi des lymphocytes B mémoire (qui se souviennent que nos anticorps avaient attaqué la myéline un jour, donc c'est un truc qu'on peut attaquer de nouveau) et une fois fixé, l'ocrelizumab va "ouvrir" la membrane de la cellule comme une clé ouvrirait un cadenas. Et la cellule va faire comme un ballon de baudruche : si vous faites une entaille ou un trou dans le ballon, il "meurt" en explosant !
Du coup chaque lymphocyte B mémoire qui va croiser le chemin du rituximab va "exploser" comme un ballon, et mourir.

Le contenu de la cellule se répand alors dans le sang, où les petits "nettoyeurs du sang" vont s'activer pour nettoyer ces déchets.

Sauf que pendant la durée de la perfusion, les lymphocytes B vont être nombreux à mourir ! Et le corps va un peu paniquer, en voyant tout ces déchets dans le corps !!! Et ça génère une crise d'allergie.

IMPORTANT !

Il n'est donc pas rare lors de la perfusion (surtout la première, où les lymphocytes B mémoire sont nombreux et le corps n'est pas encore un habitué du traitement) qu'une réaction allergique se produise. Les sensations peuvent être diverses, mais on peut par exemple sentir la cage thoracique un peu écrasée, avec la sensation d'avoir du mal à respirer, ou bien des picotements, des vertiges, la gorge qui "gratte", une sensation d'oppression, etc...
Mais les infirmières le savent, et c'est pour ça que le protocole est très protecteur : elles passent régulièrement prendre notre tension pour s'assurer que tout va bien, et elles restent à disposition pour intervenir en cas de crise.

Et si vous appuyez sur le bouton d'appel pour solliciter leur aide (et surtout n'hésitez pas à le faire, parce que ça ne les dérange pas : elles sont là pour vous, pour votre sécurité et votre bien-être...) normalement elles arrêtent complètement la perfusion, elles vous font une petite injection pour stopper la réaction allergique, elles vous font un électro-cardiogramme de contrôle, et on attend que les effets s'estompent et que le corps revienne au calme pour reprendre la perfusion, plus lentement, et reprendre tranquillement en augmentant éventuellement la vitesse progressivement, de nouveau. Ou bien parfois on ne la reprendra pas, si le corps semble avoir été éprouvé.

L'expérience peut être un peu effrayante et inquiétante quand on ne s'y attend pas, mais quand on se retrouve dans la situation, c'est généralement rassurant de savoir que c'est "normal" et qu'il faut simplement prévenir pour être réactif sans paniquer !

 

Par la suite, de nouveaux lymphocytes B seront produits par le corps en remplacement, mais ça prend du temps, donc les cellules refabriquées seront relativement peu nombreuses, au bout de 6 mois pour la perfusion suivante. C'est pour cette raison  que les perfusions perturberont beaucoup moins le corps, une fois les premières injections passées ! Courage ! :D

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Date de dernière mise à jour : 04/11/2019

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